L’employeur encourage les dépressions

Pas de gants blancs, pas de dentelle aujourd’hui. J’ai mes gants de boxe et ça va jouer rude.

Quand je lis des textes comme celui de Louise Leduc dans la Presse du 2 mai 2017, j’enrage!

Le système des Cégeps et les collègues privés québécois est un monde en soit, tant pour les étudiants que pour les enseignants. Évidemment, lorsque nous sommes assis sur les bancs, à titre d’étudiant, nous avons notre vision des choses et notre compréhension du monde selon nos croyances et autres. Mais lorsque nous sommes enseignants au Cégep, cette compréhension se partage et s’enseigne autant grâce à un cadre référentiel établit que grâce à la saveur et à la couleur que l’enseignant y ajoute.

Pour que cette touche personnelle puisse s’effectuer, encore faut-il un corps professoral présent, compétent, et motivé.

Avez-vous déjà postulé pour un Cégep en particulier? Laissez-moi deviner… oui, mais vous n’avez jamais eu de retour des RH…

Avez-vous déjà postulé à plus de 20 Cégeps à travers notre beau pays québécois? Laissez-moi deviner… oui, mais vous n’avez jamais eu de retour des RH…

Laissez-moi deviner; vous et tous les finissants de votre cohorte universitaire tentant de percer dans le système collégial, avez postulé plus de 150 fois au cours des 5 dernières années sur des concours bidon, sur des postes de banques de candidatures merdiques, et sur des postes qui étaient bien en-dessous de vos aspirations, sans toutefois ne jamais recevoir un seul téléphone, ni même courriel d’accusé de réception…

Je l’avoue, bien des professionnels RH du monde collégial semblent dormir au gaz, et profondément en plus. Mais sont-ils incompétents de leur propre gré, ou bien est-ce que le système bureaucratique syndiqué dans lequel ils évoluent n’y serait pas pour quelque chose?

 

Si vous lisez ces lignes et que vous ne venez pas du Québec, eh bien, bienvenue au Cégep mes amis. Le seul endroit où les étudiants rentrent bien gelés sur l’herbe en même temps que les enseignants en ressortent bien gelés sur du Prozac prescrit à la tonne.

Comparativement aux étudiants qui fréquentent les établissements collégiaux, n’entre pas qui veut comme enseignant! Si vous êtes un chercheur d’emploi au niveau collégial, je suis certain que nous allons nous entendre sur les points suivants : le processus de recrutement est ingrat et désuet; le manque de respect  et de considération humaine a gangréné le système; les retours d’appels sont inexistants; les demandes de mise à jour des profils de chercheurs d’emploi sont récurrentes aux six mois… rien ne se produit, et pourtant, nous continuons d’appliquer dans l’espoir qu’un jour nous aussi pourrons évoluer dans un système qui rit de nous continuellement.

Les rêves brisés surviennent en vieillissant.

Ceci étant dit, après 5 ans de recherche TOTALEMENT infructueuse, malgré un PhD., malgré de nombreuses années d’expériences, malgré une persévérance malmenée, malgré un renouvellement d’approche touchant les mises en candidature, et malgré une solide candidature tant sur papier qu’en personne, si vous êtes parmi les chanceuses comme Sophia et que vous recevez finalement un appel, soyez prêts! Mais surtout soyez chez vous à ce moment précis…

Soyez prêts à en baver; soyez prêt à vous faire humilier; soyez prêts à piler sur votre dignité et votre orgueil avec un bulldozer, soyez prêts à acheter vous-mêmes la Vaseline pour vous faire fourrer; soyez prêts à en devenir littéralement malade. Soyez prêts à vous ronger les ongles jusqu’au coude; soyez prêt à ne plus dormir. Êtes-vous prêts? Pourquoi? Parce que ça ne fait que commencer. Parce que vous venez finalement de rentrer dans le système collégial québécois.

Votre rêve, quoi…

Ce n’est que le début et ce début risque fortement de toujours demeurer à ce stade. Pour entrer au Cégep, nous devons passer concours après concours et ceci session après session, puisque les postes offerts à titre d’enseignant ne sont que temporaire. Le statut d’employé contractuel sans sécurité d’emploi, sans avantages sociaux, sans fond de pension, et surtout sans savoir si vous revenez demain matin est la norme dans les collèges publics et privés au Québec.

L’enseignant, en plus de travailler comme un chien en dehors des heures de cours pour préparer ses cours, doit se faire évaluer par ses pairs 2 fois par sessions, et par ses étudiants. Ainsi, un collègue de travail vient assister à la totalité du cours afin de juger l’enseignant et ce jugement a une très grande influence sur le renouvèlement du contrat ou non. Évidemment, l’enseignant doit mentalement s’y préparer, et j’imagine facilement que vous faire évaluer, peu importe la cause et la finalité, vous donne quelques sueurs froides dans le dos. D’autant plus que l’enseignant fait toutes ces courbettes sans savoir s’il reviendra la session suivante ou non puisque l’enseignant n’est habituellement informé que quelques jours avant le début de la session s’il a une charge de travail ou non. Donc, tout en gérant son stress de ne pas savoir s’il travaillera et pourra payer ses factures, il se fait évaluer par un collègue… qui lui aussi se fait évaluer par un collègue… et le syndicat approuve!

C’est beau une session, mais après 5 ans de vache maigre, de prise de médicaments, de perte de poids, de divorce, de multiples déménagements, on se dit que ça ne pourrait pas être pire. Vraiment… Si votre contrat n’est pas renouvelé, attachez votre tuque et relisez tout ce qui vient d’être dit, car l’enseignant doit tout recommencer. Multipliez cette situation intenable et interminable par mille…

Voici notre système collégial. Voici le système proposé aux étudiants. Voici le système le plus sain et le plus respectueux que le gouvernement peut mettre en place.

Si vous trouvez normal tout ce que je viens de dire, nous avons un problème. Si tout ce que je viens de souligner s’applique en partie ou totalement à votre situation, et ce même si vous n’êtes pas enseignants, nous avons un problème.

C’est l’ensemble du régime de relations de travail dans le système collégial qui est problématique. Ceci inclut les délégués syndicaux, les conseillers RT, les permanents syndicaux, les comités sectoriels, les comités nationaux de négociation, la bureaucratie, les établissements, la culture archaïque, et le gouvernement qui créent, provoquent, maintiennent, légitiment et perpétuent des procédures, processus et politiques RH qui TUENT les enseignants.

Le système provoque des burnouts et épuisements professionnels à répétitions, mais les ministères de l’éducation et des études supérieurs s’en lavent les mains et continueront de s’en foutre tant et aussi longtemps qu’un recours collectif au niveau criminel et pénal ne sera pas déposé personnellement contre le gouvernement.

J’exagère?

Allez dire ça à tous les enseignants et enseignantes du Québec.

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